Nicolas Sarkozy a souhaité mobiliser mercredi les préfets, procureurs généraux, recteurs et inspecteurs d'académie sur le thème de la lutte contre les violences à l'école. Le chef de l'Etat a notamment précisé le dispositif concernant l'ouverture d'une dizaine d'internats destinés à accueillir les élèves "perturbateurs" à la rentrée prochaine.
Lors d'un discours prononcé à l'Elysée, le président a listé l'ensemble des mesures annoncées par le ministre de l'Education nationale Luc Chatel le 8 avril en clôture des Etats généraux de la sécurité à l'école.
Baptisés "établissements de réinsertion scolaire", les établissements destinés aux "adolescents sur qui 'on a tout essayé'" seront basés "sur une pédagogie qui mettra l'accent sur l'apprentissage de la règle, le respect de l'autorité et le goût de l'effort", a-t-il expliqué.
"Il s'agira d'internats accueillant pour une durée d'au moins un an, vingt ou trente élèves de 13 à 16 ans", a-t-il détaillé. "L'enseignement accordera une place importante à la pratique du sport -tous les après-midis- et à la découverte des métiers".
Le président a également rappelé l'ouverture prévue de onze nouveaux "internats d'excellence", structures éducatives destinées à des jeunes issus de milieux défavorisés, à la rentrée prochaine.
Autres dispositions prévues lors des Etats généraux de la sécurité à l'école: la possibilité de remplacer la mesure d'exclusion d'un élève par des "mesures d'utilité collective"; ainsi que la formation spécifique des enseignants aux questions de discipline et de sécurité.
"Petite révolution" dans l'Education nationale, une "nouvelle gestion des ressources humaines" sera expérimentée dans une centaine d'établissements exposés à la violence à partir de septembre prochain: "le chef d'établissement aura le droit de procéder lui-même au recrutement des professeurs, sélectionnés sur profil, sur la base du volontariat", a expliqué le chef de l'Etat, reprenant là encore une mesure annoncée le 8 avril.
Nicolas Sarkozy a aussi mis l'accent sur le "plan de sécurisation scolaire", conçu à la rentrée 2009, qui prévoit la généralisation des diagnostics de sécurité. Ces derniers ont été réalisés dans les 184 établissements réputés les plus exposés, et le processus devra être achevé partout d'ici juin 2010, a-t-il souhaité.
Le chef de l'Etat a jugé "crucial" d'approfondir la coopération entre l'Education nationale, la police et la justice: 5.247 "correspondants sécurité-école" ont été désignés dans les rangs de la police et de la gendarmerie pour 7.881 établissements scolaires du second degré, a-t-il souligné.
"Il y a quelques jours, j'ai souhaité que dans les 53 établissements identifiés comme les plus sensibles, on puisse aller plus loin et proposer l'installation d'un bureau du policier ou du gendarme référent au sein même du lycée ou du collège", a-t-il rappelé.
Enfin, sur le problème de l'absentéisme scolaire, le chef de l'Etat a une nouvelle fois soutenu la nouvelle procédure de suspension des allocations familiales, sur demande de l'inspecteur d'académie, prévue par une proposition de loi déposée la semaine dernière par le député UMP Eric Ciotti.
Nicolas Sarkozy a souhaité organiser une rencontre similaire "d'ici la fin de l'année" avec les ministres de la Justice, de l'Intérieur et de l'Education nationale pour dresser le bilan des actions engagées.
"Il n'y a rien de nouveau. C'est une répétition des mesures annoncées à l'issue des Etats généraux du 8 avril qui, sur le volet éducation et prévention, nous laissent sur notre faim", a réagi Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, dans un entretien à l'Associated Press. "Il n'y a aucune question sur le fait de savoir pourquoi ces jeunes décrochent. Où est le volet éducation, prévention, et la médiation par laquelle ce genre de problèmes peut être traité?", s'est-elle interrogée.
La FCPE (Fédérations des conseils de parents d'élèves) dit ne pouvoir "que s'inscrire en faux par rapport à l'ensemble des propos du chef de l'Etat" et souligne dans un communiqué que "chercher une solution aux difficultés de l'école implique une formation accrue des enseignants, non pas aux contenus disciplinaires mais à la pédagogie, à la psychologie des enfants et adolescents, à la gestion de classes hétérogènes. Les Etats généraux de la sécurité scolaire n'ont pas dit autre chose mais les conclusions qui s'imposaient sont loin d'avoir été tirées jusqu'au bout".